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La camelote

30 janvier 2010
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camelote

  • n.f. Marchandise de peu de valeur, de mauvaise qualité ; ouvrage mal exécuté : C’est de la camelote.

Lire La Tribune, quotidien de la région de Sherbrooke, est un geste que je fais avec bonheur et détente tous les jours depuis que mes yeux sont capables de donner un sens aux syllabes qu’ils voient. Heureusement, mon père avait souvent terminé de le feuilleter quand j’avais fini de manger mes Corn Flakes pas assez sucrées.  Ça me permettait d’en faire le tour avant de m’habiller pour aller rejoindre mon ami Yves à l’arrêt d’autobus.  Ainsi, non seulement je pouvais intervenir quand le professeur discutait d’actualité avec les élèves, mais je pouvais aussi laisser croire à mes copains dont l’autorité parentale était déficiente que j’avais pu, moi aussi, regarder le match des Canadiens jusqu’à la fin.  Dans tes dents, le gros Pomerleau.

C’est ce même journal qui me permit de gagner mes premiers budgets à gommes bazooka en ayant la responsabilité de livrer la bonne nouvelle aux abonnés de mon quartier. Un job que j’ai adoré et qui aura participé à développer chez le jeune écervelé que j’étais le sens des responsabilités et la persévérance de me sortir le corps du lit avant le soleil chaque matin, excepté le dimanche, journée de repos devant l’éternel, encore aujourd’hui. C’est aussi grâce à tout ces pas dans la gravelle et dans la neige que j’ai pu faire mon showoff avec mon scooter Yamaha rouge à 14 ans. Comme quoi ma passion des éphémérides et des faits divers avaient pu m’amener en fin de compte à peloter Mélanie pour la première fois de ma vie et m’épargner à tout jamais de faire partie de la catégorie si honteuse des pédés.

Je suis devenu un fidèle abonné dès que j’ai emménagé dans mon premier appartement, il y a 15 ans.  De ces 4695 matins à noircir ma tasse de café, les vingt derniers m’auront permis de connaître ce qui se fait de mieux en frais d’étiolement en zone cervicale de toute ma vie.  Il y a un mois, j’ai rencontré celle qui allait dorénavant rendre compliquée toute la simplicité de ma lecture quotidienne.

J’ai nommé: Marie-Conne, ma nouvelle camelote.

J’aime bien les adolescents. Leur intelligence, leur vivacité d’esprit, leur naïveté qui leur ouvre toutes les portes. Je me rappelle bien ce passage de la vie plutôt embrouillé et ils ont mon respect à l’égard des difficultés et la rapidité de la vie d’aujourd’hui, qui doivent rendre l’étape encore plus épineuse.  Pour ces raisons, je ne m’offusque pas d’un “men” ou d’un “quessé” quand j’en rencontre un, ni du nombre de bijoux qu’ils peuvent avoir dans le visage.

Mais Marie-Conne, elle, je la déteste.

Elle s’est présentée à moi un dimanche soir.  Déjà, dans son regard, je pouvais percevoir un brouillard épais, qui ne s’est pas dissipé à l’ouverture de sa bouche. Elle voulait être payée à l’avance, à chaque lundi matin, parce qu’elle avait fait le deal avec son chum que son nouvel emploi ne viendrait pas entraver leurs soirées intimes et passionnées.  Son père l’obligeait à livrer La Tribune pour qu’elle apprenne à travailler et qu’il fallait m’attendre à certains retards parce que, et je la cite: “J’ai de la misère à me botter le cul l’matin…”.  Elle s’attendait aussi à recevoir un pourboire parce que “ça ne paye pas ben ben fort ces gros journaux pesants là.” J’en étais à rechercher la caméra cachée de Rachid quand elle vira les pieds pour allez rejoindre son prince charmant qui l’attendait sur le trottoir.

Je le jure, j’ai essayé de lui donner une chance.  De ne pas m’en faire avec le manque de délicatesse de ses bottes sur ma galerie, de la fermeture puissante de la porte de la boîte à journaux et des nouvelles qui arrivent après Salut Bonjour le samedi. La semaine passée, quand j’ai reçu le tirage du vendredi en même temps que celui du lendemain, je me suis même convaincu qu’il y avait sûrement une bonne raison. C’est quand ça a sonné à la porte, lundi matin à 5h45, et que je l’ai aperçu en ouvrant la porte encore endormie que ma compassion s’est arrêtée sec.

“Heeeeeeee… oui???”

-“T’as oublié de laisser ton enveloppe d’argent pour payer ta semaine.”

-“T’es en train de me dire que tu sonnes à ma porte à six heures moins quart pour me dire que j’ai oublié de mettre ton 4 piasses là?”

-“Ben oui quoi?”

-“Ok, on va s’entendre sur une chose Marie-Conne. Donne-moi deux minutes…”

De retour avec un billet de cinq et mon numéro de téléphone inscrit sur un papier, je lui lance: “Voilà ton 5$ que je t’invite à laminer parce que ce sera le dernier que tu recevras de ma part.  Pis ça, c’est mon numéro de téléphone, j’apprécierais beaucoup que tu m’appelles lorsque tu auras compris que c’est mieux pour ton cerveau et pour toute la planète que tu dormes plus longtemps le matin, je m’abonnerai de nouveau.”

Vlan!, dit mon cadre de porte en rencontrant celle qu’il protège.

C’est donc ce matin que l’anse de ma tasse s’est noircie pour la dernière fois.  Dès lundi matin et jusqu’à nouvel ordre, ce sera des bactéries de clavier que je lui transmettrai.

camelote

  • n.f. Adolescente de peu de valeur, de mauvaise qualité ; dont l’ouvrage est mal exécuté : C’est une camelote.  Peut parfois être appelée Marie-Conne.
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28 commentaires leave one →
  1. 30 janvier 2010 11 h 49 min

    Yéééé de l’ado-bashing!!! 😉 Han c’est pas ça? ok…
    C’est clair qu’on peut pas mal livrer le journal à celui qui l’a fait consciencieusement. C’est comme quand l’ex-serveur va manger au resto et se fait mal servir. Un petit grincement de dent qui se transforme vite en envie folle de prendre la camelote par les épaules et la shaker très fort en gueulant ON MET PAS LE POUCE DANS LE BOL DE SOUPEEEEEEE!!!!
    J’ai jamais eu de bon camelot, c’est ce qui a contribué à me faire lire les nouvelles en ligne aussitôt que j’ai pu. Pis des fois si je me lève très tôt je vais au dépanneur m’acheter un méga café et un journal qui sent l’encre.
    Mais là pour vrai, es-tu conscient qu’aux yeux de la camelote t’es juste un christ de fou et que c’est pas sa faute? Je te le dis…

    • Yano permalink
      31 janvier 2010 6 h 13 min

      Hahaha!

      Tu sais, j’ai beau lire en masse sur le net, le journal papier est un essentiel dans ma vie. Sur le net, ils ont presque tous inclus un effet « vire-page » et même le son des fois mais il manque le vent dans ma face tu vois!

      « es-tu conscient qu’aux yeux de la camelote t’es juste un christ de fou »

      Oui, j’ai même espoir qu’elle évite la maison avec ses enfants à l’halloween, dans 10 ans.

      • 31 janvier 2010 10 h 28 min

        Par là: http://www.cyberpresse.ca/la-tribune/ Y a pas d’effet vire page ni de son swoosh swoosh. Mais en attendant que tu aies un camelot digne de ce nom, tu pourrais te faire des amis témoins de Jéhova? Ils viendraient te porter de la lecture gratuitement et assidûment toutes les semaines! 😉 Systeme D mec…

  2. 30 janvier 2010 12 h 10 min

    J’ai tenté ma chance deux fois de m’abonner au Journal dans l’temps qu’ils étaient pas en grève… J’ai toujours peiné à recevoir mon journal..

    Quand Claudette me rappelle pour tenter de me vendre un abonnement…

    Je l’envoie chier that’s it!

    • Yano permalink
      31 janvier 2010 6 h 17 min

      Cette Claudette! Elle m’a même fait livrer le journal de Montréal gratuitement la semaine passée. Elle pensait m’avoir. Me titiller. M’ensorceler. Cré Claudette.

  3. 30 janvier 2010 14 h 17 min

    J’ai d’la broue dans l’toupet là… Suis accrochée au seul lampadaire que la tornade Yano n’a pas emporté avec elle. C’est donc ce que j’ai manqué pendant tous ces mois. J’en veux, j’en veux encore, j’en veux beaucoup !

    • Yano permalink
      31 janvier 2010 6 h 19 min

      Je te remercie mais ma fonction de non-blogueur m’autorise à te lancer: T’auras ce que t’auras! 😉

      • 31 janvier 2010 8 h 00 min

        Je sais et j’approuve. Fallait seulement que je manifeste mon contentement et mon admiration 😛

  4. 30 janvier 2010 14 h 22 min

    Awwwww triste de voir les jeunes d’aujourd’hui là…

    Moi dans on temps c’était pas de même! On était vaillant stie! Me levait à tous les matins et pédalait en direction de mon parc aquatique pour faire la pluie et le beau temps dans toute cette vague de crétins en puissance qui venaient glisser leur fesses sur du plexiglas bleu…

    Ah là là!!!

    « Déjà, dans son regard, je pouvais percevoir un brouillard épais, qui ne s’est pas dissipé à l’ouverture de sa bouche. »

    HAHAHAHAHAHA!!! Pauvre petite 😀

    • Yano permalink
      31 janvier 2010 6 h 26 min

      Heureusement, il y a aussi des Rose-Allumée et des Jean-Réveillé dans la gang. Ton 2e paragraphe m’a rappelé mon grand-père. Je l’ai repris en mettant le version « papi » entre parenthèses:

      « Moi dans mon temps c’était pas de même! On était vaillant stie! Me levait à tous les matins et pédalait (marchait nus pieds) en direction de mon parc aquatique (du champs de patate) pour faire la pluie et le beau temps (ramasser des roches) dans toute cette vague de crétins en puissance (bouette) qui venaient glisser leur fesses sur du plexiglas bleu…(ça arrêtait à bouette ;)) »

      • 31 janvier 2010 18 h 24 min

        Jean Réveillé là… C’est de la parenté à Renart ça hein?

  5. 30 janvier 2010 15 h 25 min

    T’est chanceux en fait parce que c’était ma Biquette que tu avais eu comme camelote, elle te l’aurait garoché ton quotidien et t’aurais mis un sac de crottes en feu sur ton perron pour se venger de ne pas avoir eu l’enveloppe!! LOL

    J’lui cherche un job d’été, qqu’un a une idée? LOL

  6. 30 janvier 2010 21 h 56 min

    Hahah payer d’avance? Heuu non. Je paie si je reçois la marchandise? Et peu importe si tu est une ado, une personne âgée, que tu as fait un deal avec ton chum, je m’en fous, je n’ai pas reçu la marchandise!

    T’es plus patient que moi 😛

    • Yano permalink
      31 janvier 2010 6 h 31 min

      Je m’étais dit qu’elle n’était pas passé au financement pour la constitution de son fond de roulement pour entreprise. J’suis d’même moi.

  7. Ptit Homme permalink
    30 janvier 2010 22 h 08 min

    Yano! Pourquoi ne pas raconter la vérité? Il n’y a pas de honte à dire les choses telles qu’elles sont! Je vais raconter l’histoire!

    Yano, le matin à six heures moins quart, va répondre à la porte qui sonne… Encore endormi (parce que maintenant, il n’a plus besoin de se lever tôt pour aller livrer le journal), qui sort sur le balcon (croyant à l’urgence… tsé, quelqu’un qui sonne chez toi à six heures moins quart) vêtu du seul morceau de linge qu’il a pu attraper dans sa course, c’est-à-dire son string en léopard. Et là, la remarque assassine de Marie-Conne:

    «Allô, mon honorable et très gentil monsieur. Auriez-vous l’obligeance de me soumettre les quatre unités monétaires prévues selon l’entente dûment négociée et paraphée précédemment, s’il-vous-plaît? Je ne suis qu’une pauvre conne devant subvenir aux besoins pressants de ma douce moitié masculine?»

    Pendant ce temps, le cerveau de Yano, encore endormi, essaie avec tant bien que mal de démarrer le moteur:

    Le cerveau: Hein??? De quessé???
    La bouche: … (elle essaie de parler, mais il est encore trop tôt pour qu’elle soit fonctionnelle)
    Le cerveau: Alerte! Il faudrait démarrer le moteur pour faire fonctionner la bouche!
    Le corps: Ta yeule, on veut dormir!

    Pendant ce temps, Marie-Conne attend toujours son putain de 4$…

    La bouche: … (toujours non fonctionnelle)
    La main: Bon, ben, en attendant que le moteur de la bouche parte, on va aller gratter quelque chose pour passer le temps….
    Les couilles: Ça pique…

    Marie-Conne attend toujours sont 4$ comme une conne…

    Puisque le corps ne semble pas pressé de se mettre en marche, le cerveau fait la seule chose qui semble logique: il ordonne à la main de fermer la porte et aux jambes de conduire le corps jusque dans un coin pour pleurer en petite boule.

    Voilà!

    (Tu peux supprimer le message si tu veux… Je tiens à préciser que je manque cruellement de sommeil au moment d’écrire ces lignes…)

    • Yano permalink
      31 janvier 2010 6 h 35 min

      Hahaha, en feu l’gros! Crois-moi, si elle m’avait parlé comme ça, je montais mon pourboire à 2$ par semaine pour financer ses études universitaires! Là, au moins, je ne servirai plus à remplir leur papier à rouler 😉

      Je peux supprimer? T’es drôle toi.

  8. 31 janvier 2010 9 h 07 min

    Pourquoi supprimer… j’adore les remake moi!!

  9. 1 février 2010 9 h 36 min

    Je suis deçu… En lisant ton titre, j’avais lu Cameltoe 😉

  10. 1 février 2010 13 h 52 min

    Tu aurais du lui pisser dessus…elle aurait compris!

    • 1 février 2010 16 h 59 min

      Bahhh, m’surprendrait même pas que ça soit un des trips que lui demande déjà son chum 😉

  11. 1 février 2010 16 h 54 min

    Toujours des solutions radicales hein, le Hitler de Boisbriand!!! lol

  12. 2 février 2010 10 h 10 min

    Bon. Je m’étais promis de ne plus accepter de nouveaux blogues dans l’agrégateur, mais je vais devoir faire une exception…

    C’est bon de te relire.

    • 2 février 2010 12 h 22 min

      Joa!!! Moi, mon agrégateur ne servait presque plus et voilà qu’il renaît tranquillement! Au plaisir de se recroiser ici et chez vous chère 🙂

  13. 8 février 2010 12 h 52 min

    Yano, s’il-vouuuussss-plaaaiiittt, écris-nous un livre, ou plutto un recueuiil de tous tes posts de blog!!!

    Sérieusement, Julie & julia c’est pourri à côté de tes blogs!

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